- Ecrit par : Clara BOSOM
- 07/04/2025 21:17
ECONOMIE/FILIÈRE PORCINE : Le ministre Sidi Tiémoko TOURE inaugure le CAS-PORC d’Agboville
Un levier pour relancer la production nationale
C’est un tournant décisif pour la filière porcine en Côte d’Ivoire. Le ministre des Ressources Animales et Halieutiques, M. Sidi Tiémoko TOURE, a procédé à l’inauguration officielle du Centre d’Application et de Spécialisation aux métiers de la Filière Porcine (CAS-PORC), situé à Agboville. Ce centre moderne, entièrement dédié à la valorisation de la filière porcine, se veut un outil stratégique pour améliorer la productivité nationale et renforcer les compétences des acteurs du secteur.
Face à une production nationale qui ne couvre qu’environ 15 % des besoins en consommation de viande porcine – soit près de 12 000 tonnes équivalent carcasse (TEC) – la Côte d’Ivoire reste fortement dépendante des importations. Conscient de cette problématique, le ministère a inscrit la relance de la filière porcine au cœur de sa stratégie de souveraineté alimentaire. Le CAS-PORC en est la matérialisation concrète.
Ce centre s’inscrit dans le cadre du Projet de Développement de la Filière Porcine (PRO-PORC), lancé en mai 2023, avec un budget de plus de 2,2 milliards de FCFA. Ce projet est une des 23 initiatives phares inscrites dans le Plan National de Développement de l’Élevage, de la Pêche et de l’Aquaculture (PONADEPA). Il vise à accroître la production nationale, améliorer la transformation et la commercialisation des produits porcins, et offrir des opportunités d’insertion et de formation aux jeunes.
« Je suis particulièrement heureux de procéder aujourd’hui à cette inauguration qui consacre notre engagement à redynamiser durablement la filière porcine. Ce centre constitue à la fois un outil de production de reproducteurs performants à haute valeur génétique et un espace de formation professionnelle aux métiers de l’élevage porcin », a souligné le ministre dans son allocution.
Le CAS-PORC, qui s’étend sur 10 hectares, a été aménagé sur l’ancien site du projet PREFIPOR. Grâce au financement du Programme d’Urgence pour la Résilience du Secteur Agricole (PURGA), à hauteur de 500 millions de FCFA, le site a connu une réhabilitation et une modernisation notables. Des logements, des bâtiments d’élevage, un bureau, un magasin, un forage réhabilité, une clôture sécurisée, un système solaire et des équipements techniques (bascule électronique, groupe électrogène, matériel de biosécurité) y ont été installés.
Par ailleurs, le site abrite aujourd’hui un cheptel de plus de 400 porcs de race pure, issus des 50 reproducteurs importés de France en novembre 2023. Ces animaux constituent la base d’un programme d’amélioration génétique qui devrait à terme permettre un véritable bond de la productivité dans les élevages locaux.
Le ministre TOURE a rappelé que le CAS-PORC comprend deux volets majeurs : un centre de formation professionnelle et un centre d’amélioration génétique. Il s’agit de faire du site un pôle d’excellence technique, où les promoteurs, jeunes agriculteurs et techniciens pourront acquérir des compétences pointues et actualisées, nécessaires pour structurer la filière.
L’inauguration du CAS-PORC intervient également dans un contexte de résilience. L’année 2024 a été particulièrement difficile pour les éleveurs, confrontés à la Peste Porcine Africaine (PPA). Face à cette crise sanitaire, le gouvernement a réagi rapidement par des mesures de biosécurité, l’abattage de plus de 107 000 porcs et le nettoyage de plus d’un millier d’élevages. Le processus d’indemnisation est actuellement en cours.
« Cette crise nous a rappelé l’importance de renforcer notre système de prévention et de résilience. Le décret n°2024-656 du 1er août 2024 fixe désormais les conditions d’installation des exploitations d’élevage, pour prévenir de telles épidémies. Le CAS-PORC sera un maillon essentiel dans cette dynamique, notamment à travers la formation à la biosécurité et à la bonne gestion sanitaire », a déclaré le ministre TOURE.
Il a également salué les contributions des partenaires institutionnels tels que le ministère du Budget, celui du Plan, les services de contrôle financier et les prestataires techniques. Ces collaborations ont permis d’atteindre les objectifs fixés dans les délais, et de doter la filière porcine d’un outil de relance structurant.
L’inauguration du CAS-PORC ouvre aussi la voie à de nouvelles perspectives de coopération. Des partenariats sont attendus avec des structures nationales et internationales de formation agricole et vétérinaire, pour renforcer l’impact du centre et favoriser la diffusion des bonnes pratiques.
« Ce centre n’est pas seulement une infrastructure. C’est un symbole de notre engagement pour une Côte d’Ivoire autosuffisante en protéines animales. L’ambition est grande, mais elle est à la hauteur de notre volonté commune de transformer nos filières animales en piliers de croissance économique », a conclu le ministre.
Avec le CAS-PORC, la Côte d’Ivoire franchit une étape décisive vers la modernisation de sa filière porcine. Une filière longtemps négligée, mais aujourd’hui perçue comme stratégique pour la sécurité alimentaire, la lutte contre la pauvreté rurale, et la création d’emplois durables.
A.TRAORE