- Ecrit par : Clara BOSOM
- 07/04/2025 21:12
SOCIETE/Grève dans le secteur Education /Formation: L’école dans la tourmente !
Une journée décisive, aujourd’hui Une journée décisive s’annonce pour l’école ivoirienne. En réponse à une grève persistante dans le secteur Éducation/Formation, la ministre d’État, ministre de la Fonction publique, Anne Désirée Ouloto, hausse le ton : « Tout enseignant qui ne sera pas à son poste de travail à compter du lundi 7 avril 2025 à 07 heures 00 minute sera considéré comme démissionnaire ». Une menace sans précédent dans l’histoire récente du pays, qui fait l’effet d’un électrochoc au sein de la communauté éducative.
Depuis le 3 avril 2025, le système éducatif ivoirien est à l’arrêt dans plusieurs localités du pays, paralysé par un mouvement de grève initié par des syndicats du secteur Éducation/Formation, notamment l’IS MENA et l’IS METFPA. Ces derniers réclament une prime d’incitation à l’instar de leurs collègues d’autres secteurs de l’administration. Un mot d’ordre jugé « illégal et inopportun » par le gouvernement, qui rappelle que des discussions sont toujours en cours dans le cadre de la trêve sociale signée entre l’État et les organisations syndicales.
Dans un communiqué ferme, le ministère de la Fonction publique a dénoncé cette rupture unilatérale du dialogue, en violation non seulement des termes de ladite trêve, mais également des principes fondamentaux du dialogue social. Pour le gouvernement, il ne s’agit pas d’un simple bras de fer syndical, mais d’une tentative de prise en otage de l’école et, par ricochet, de l’avenir des enfants de Côte d’Ivoire.
Le "coup de poker" d’Anne Ouloto
Face à l’enlisement de la situation, la ministre Anne Ouloto, surnommée "Maman Bulldozer" pour son franc-parler et sa fermeté, a opté pour une réponse radicale : tout enseignant qui ne reprendra pas le travail ce lundi 7 avril sera considéré comme ayant démissionné de la Fonction publique. Cette position s’appuie sur l’article 101 du Statut général de la Fonction publique qui confère au ministre en charge un pouvoir disciplinaire étendu, y compris la possibilité d’engager des procédures spéciales contre les fonctionnaires manquant à leurs obligations.
Cette déclaration, lourde de conséquences, vise manifestement à mettre la pression sur les syndicats, mais aussi à rassurer les parents d’élèves et les élèves sur la volonté du gouvernement de sauver l’année scolaire. La date du lundi 7 avril est donc présentée comme un point de bascule : ou le retour à la normale s’amorce, ou la crise s’aggrave avec un impact certain sur l’organisation des examens de fin d’année.
Le gouvernement met en avant les efforts réalisés en faveur des fonctionnaires depuis plus d’une décennie. En effet, plus de 2700 milliards FCFA ont été investis dans l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents de l’État depuis 2012, incluant revalorisation des salaires, paiement du stock des arriérés, indemnités diverses, bonification indiciaire, et avancements réguliers. Des avancées qualifiées de « sans précédent depuis 40 ans » par les autorités.
La trêve sociale en cours, couvrant la période 2022-2027, s’inscrit dans cette dynamique de stabilité et de dialogue. Son non-respect, selon le gouvernement, remet en cause la crédibilité du processus de concertation sociale et menace l’équilibre fragile entre les revendications légitimes et la continuité du service public.
Une crise aux multiples facettes
Il est indéniable que les revendications des enseignants, notamment autour de l’équité dans l’octroi des primes, trouvent un certain écho dans l’opinion publique. Dans de nombreux ministères dits "sans primes", la frustration est palpable. Toutefois, cette colère ne saurait justifier, aux yeux de l’État, la prise en otage du système éducatif. Le gouvernement plaide pour la reprise du dialogue dans un esprit responsable, rejetant tout "jusqu’au-boutisme".
Dans cette impasse, des voix s’élèvent pour appeler à la raison. Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH), des personnalités de la société civile, et même certains leaders syndicaux modérés, invitent à une reprise rapide des discussions pour éviter le pire. L’école, tout comme la santé et la sécurité, appartient à tous, et c’est collectivement que les solutions doivent être trouvées.
Tout en rappelant sa détermination à appliquer la loi, le gouvernement n’exclut pas la reprise des discussions. L’appel lancé à la raison, à la responsabilité et au civisme des grévistes se veut le dernier avertissement avant la mise en œuvre de sanctions. En même temps, les autorités réaffirment leur engagement à conduire l’année scolaire 2024-2025 à terme, quoi qu’il en coûte.
La journée du lundi 7 avril 2025 s’annonce donc comme un tournant décisif pour le monde éducatif ivoirien. C’est l’avenir de milliers d’élèves, candidats aux examens, qui est en jeu. Et face à cette situation critique, le pays retient son souffle.
L’heure est grave. Mais il reste encore une lueur d’espoir : celle d’un retour rapide au dialogue, dans l’intérêt supérieur de l’école et de la Nation.
A.TRAORE