- Ecrit par : Clara BOSOM
- 12/05/2025 11:47
POLITIQUE/Confidences / En disgrâce avec le pouvoir d’Abidjan : Les actions discrètes de Guillaume Soro
-« Pourquoi il échappe depuis tant d’années, parfois miraculeusement, à la mort ou à la capture » -« comment il a aidé certains qui sont aujourd’hui ses ennemis les plus acharnés »
À l’occasion de son 53e anniversaire, un proche collaborateur de l’ancien Premier ministre, ex-président de l’Assemblée nationale et leader du mouvement Générations et Peuples Solidaires (GPS), dévoile des pans méconnus de la vie de Guillaume Soro. Touré Moussa, figure fidèle et compagnon d’exil, lève le voile sur les gestes discrets, les élans de solidarité et les résistances d’un homme désormais en rupture avec le régime qu’il a pourtant contribué à installer.
Il a 53 ans ce 8 mai 2025. L’âge de la maturité politique, mais aussi celui de la solitude en exil. Pour Guillaume Kigbafori Soro, ce n’est ni une date anodine ni une simple étape. C’est un moment d’introspection, loin des feux de la rampe, alors qu’il est tenu à l’écart du jeu politique ivoirien, pourchassé par des accusations judiciaires, effacé du débat public par un silence voulu ou imposé. Celui que l’opinion publique croit connaître, mais dont les actions les plus nobles ont souvent été tenues à l’ombre. En disgrâce avec le pouvoir d’Abidjan, Guillaume Soro continue d’agir. Et ses actions discrètes, empreintes de loyauté, d’altruisme et de résilience, méritent d’être connues.
Touré Moussa, l’un de ses plus fidèles collaborateurs, a décidé de briser le silence à travers un témoignage bouleversant, livré en guise d’hommage.
Un homme traqué, mais insaisissable
Pourquoi échappe-t-il, depuis tant d’années, parfois miraculeusement, à la mort ou à la capture ? Ceux qui le connaissent intimement savent qu’il ne s’agit pas uniquement de stratégie ou de chance. Guillaume Soro est un homme de convictions, de prières et de discernement. Il n’est jamais là où on l’attend. Sa capacité d’adaptation, son sens de l’anticipation et sa foi profonde ont fait de lui une cible insaisissable.
Plusieurs fois, les complots pour l'éliminer ont été mis à nu à la dernière minute. Des hommes de l’ombre, mus par la reconnaissance ou la justice divine, l’ont averti in extremis. Il a su écouter les signaux, même les plus faibles. Ses déplacements, ses contacts, sa discrétion sont devenus presque légendaires. Mais ce n’est pas uniquement une histoire d’intelligence ou de précautions : c’est aussi une vie de bienfaits, de dettes morales qu’il a créées sans même parfois s’en rendre compte. Des hommes et des femmes qu’il a aidés et qui, dans les coulisses, veillent encore sur lui, parfois sans qu’il le sache.
Une générosité silencieuse, presque sacrée
« Je me rappelle d’une vieille dame d’un quartier populaire d’Abidjan. Elle l’avait nourri lorsqu’il fuyait la répression étudiante. Des années plus tard, devenu Premier ministre, il demanda qu’on réhabilite entièrement sa maison. Une autre fois, il ordonna le transfert discret d’un adolescent vers l’Europe pour une opération cardiaque que sa famille ne pouvait payer. Combien de mosquées, d’églises, de temples, de centres de santé a-t-il fait construire ou rénover sans jamais poser une plaque à son nom ? Combien de pèlerins musulmans à la Mecque, de boursiers en Russie, en Tunisie, au Maroc ont-ils bénéficié de son soutien direct ? L’homme avait une obsession : soulager ».
Combien d’entrepreneurs, proches de la ruine, ont retrouvé le souffle grâce à un geste discret de sa part ? Et pourtant, ces gens-là, nombreux, invisibles, se murent aujourd’hui dans un silence par peur, par opportunisme ou par lâcheté"Je ne veux pas parler du politicien, mais de l’homme", insiste Touré Moussa dès les premières lignes de son message. Il parle d’un homme dont la générosité a souvent été étouffée par le tumulte des joutes politiques. "Guillaume Soro redistribue tout ce qu’il gagne", écrit-il. Un propos que beaucoup, dans le cercle restreint de l’ancien chef de la rébellion de 2002, corroborent.
Les anecdotes abondent : collaborateurs logés, véhiculés, nommés à de hauts postes ; familles soutenues ; enfants envoyés à l’étranger pour étudier, souvent aux frais de Soro ; hommes d’affaires surendettés discrètement renfloués ; chefs religieux, imams ou prêtres, aidés pour des soins ou la réhabilitation de lieux de culte.
Derrière l’image de l’homme de poigne, du chef de guerre devenu Premier ministre, se cache un homme attaché aux siens. Un homme qui n’hésitait pas à rappeler à ses équipes : "L’argent-là, c’est pour aller avec ça au paradis ? Ou c’est pour prendre photo avec ça chaque matin ?"
Il a aidé… même ses pires détracteurs
Plus troublant encore, le récit de ceux qu’il a aidés… et qui aujourd’hui le combattent ou l’ignorent. Touré Moussa, avec un brin d’amertume, évoque ces personnalités publiques, aujourd’hui haut placées, qui doivent leur ascension à Soro mais préfèrent désormais nier toute proximité avec lui. "Ils veulent fuir l’étiquette de soroïste", lâche-t-il. L’ancien banquier devenu bras droit politique de Soro, se souvient : "J’ai vu comment il a aidé certains. Beaucoup. Y compris ceux qui sont aujourd’hui ses ennemis les plus acharnés."
« Guillaume Soro a été un homme d’élévation. Il a construit des carrières, offert des opportunités, financé des études, soutenu des familles, facilité des nominations. Des gens qui, aujourd’hui, le renient publiquement, l’ont un jour supplié dans l’ombre. Des anciens camarades devenus ennemis politiques, des confrères devenus adversaires, des hauts fonctionnaires ou ministres qui aujourd’hui le fuient comme la peste, lui doivent pourtant tout ou presque.
Lorsqu’il était Premier ministre, puis Président de l’Assemblée nationale, Soro redistribuait ce qu’il avait. Je pèse mes mots. Il donnait. Aux collaborateurs, aux anonymes, aux familles endeuillées, aux enfants orphelins, aux chefs religieux, aux blessés oubliés des systèmes de santé. Il n’a jamais attendu une reconnaissance en retour. Il n’en faisait pas un trophée. Il aidait ».
Soro ne s’en formalise pas. Quand ses collaborateurs s’indignaient des trahisons, il leur répondait : "On m’insulte depuis trente ans… Ce n’est qu’une injure de plus. Rien de plus. Ce n’est pas ça qui va me tuer."
L’homme insaisissable
Ce qui intrigue, au-delà de son parcours, c’est cette capacité presque surnaturelle à échapper à la mort, à la capture, aux complots. Depuis la rébellion armée de 2002, en passant par l’attentat de Bouaké ou encore les périodes de tensions entre 2019 et 2020, Guillaume Soro a frôlé le pire à de nombreuses reprises. À chaque fois, il s’en est sorti. Ses proches parlent d’un instinct aiguisé, d’un sixième sens. D’autres évoquent une protection divine.
En 2020, alors que son avion est interdit d’atterrissage en Côte d’Ivoire, il échappe de peu à une arrestation. Depuis, il vit en exil, mais demeure une figure redoutée par le régime. Officiellement, il est condamné, poursuivi. Officieusement, il demeure une énigme, un homme à surveiller, une voix qui pourrait ressurgir à tout moment.
Une résilience impressionnante
L’exil n’a pas entamé sa capacité à tenir, ni à aider. Touré Moussa confie que "beaucoup de ses compagnons en exil aujourd’hui ne tiennent debout que grâce à sa main tendue". Certains reçoivent des aides financières, d’autres un simple mot d’encouragement. "Il a tout donné", insiste-t-il, "parfois même en se privant, lui et sa famille."
Et pourtant, malgré les frustrations, les injustices, les injures, l’homme ne semble pas abattu. "Il a le cuir dur", sourit Touré Moussa. "Quand un adversaire qu’il a aidé se met à le vilipender, il ne bronche pas."
Un homme seul… mais debout
Qui est vraiment Guillaume Soro ? Héros ou paria ? Stratège ou idéaliste désabusé ? Les avis divergent. Mais une chose est certaine : il reste une figure singulière de la scène politique ivoirienne. Même en disgrâce, même exclu du jeu, même diabolisé, il continue de susciter fascination, interrogations, et, parfois, espoir chez ceux qui croient encore à une réconciliation nationale inclusive.
À 53 ans, Guillaume Soro n’est plus le jeune leader bouillant du MEECI ni le commandant des Forces nouvelles. Il est un exilé politique, mais aussi un homme qui, dans le silence et l’éloignement, continue d’agir, de secourir, de tendre la main.
Et peut-être, en agissant ainsi, prépare-t-il son retour. Non pas dans le tumulte, mais dans l’histoire.
Aujourd’hui en exil, coupé de sa terre natale, Soro reste debout. Il continue de soutenir, d’aider, de conseiller. Il n’a jamais été aussi seul, mais jamais aussi fort. Il a foi en son étoile. Il a foi en la justice de l’Histoire. Il n’est pas pressé. Il sait que l’oubli n’existe pas pour celui qui a semé le bien. Il sait que l’ingratitude n’est qu’un cycle. Il sait que ceux qui l’attaquent aujourd’hui reviendront un jour demander pardon, ou assistance. Et il leur tendra encore la main. Parce que c’est ce qu’il est. Un homme de mission, pas de vengeance.
Cissé Djeneba