- Ecrit par : Clara BOSOM
- 04/04/2025 10:05
INTERNATIONAL/Cameroun – FECAFOOT : Samuel Eto’o de plus en plus isolé, entre crise d’autorité et désaveu politique
L’aura de l’ancien Ballon d’Or africain s’estompe dans les hautes sphères du pouvoir camerounais.
Samuel Eto’o, président de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) depuis 2022, se retrouve aujourd’hui dans une position de plus en plus fragile. Pris dans un bras de fer ouvert avec le sélectionneur belge Marc Brys, soutenu par le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi, Eto’o semble perdre ses derniers appuis au sommet de l’État.
Le conflit, d’abord sportif, s’est mué en crise institutionnelle. Malgré l’appel solennel à l’apaisement lancé par le président Paul Biya lors de la Fête de la Jeunesse du 10 février dernier, les tensions entre la FECAFOOT et le ministère des Sports n’ont fait que s’intensifier. Le principal perdant semble désormais être Samuel Eto’o lui-même.
Ferdinand Ngoh Ngoh, le soutien perdu
Autrefois soutenu par le puissant secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, Samuel Eto’o est désormais désavoué. Le haut responsable de la présidence s’est récemment opposé publiquement à lui, en apportant un appui décisif à Marc Brys. Il aurait même persuadé le sélectionneur belge de ne pas démissionner, après le match face à l’Eswatini le 19 mars dernier. Pis encore, la gestion financière des sélections nationales, historiquement contrôlée par la FECAFOOT, a été transférée au ministère des Sports.
Le ministre Philippe Mbarga Mboa, chargé de mission à la présidence et proche de Ngoh Ngoh, n’a pas caché en privé sa méfiance vis-à-vis d’Eto’o. Seul Oswald Baboké, directeur adjoint du cabinet civil de la présidence, continue de lui témoigner un soutien mesuré, probablement lié à sa proximité avec la Première dame Chantal Biya. Cette dernière, toutefois, garde un silence stratégique sur le dossier brûlant de la sélection nationale.
Un vestiaire en rupture
Le 24 mars 2025 marque un tournant dans la crise. Depuis le stade omnisports de Yaoundé, à la veille du match Cameroun – Libye comptant pour la sixième journée des éliminatoires du Mondial 2026, le capitaine Vincent Aboubakar, flanqué de ses coéquipiers, lit un communiqué devant la presse. Un texte sans détour, dans lequel les joueurs expriment leur exaspération face aux querelles entre Eto’o et le ministre Kombi.
Plus encore, ils exigent le retour de Joachim Mununga – adjoint belgo-congolais de Marc Brys, écarté par la FECAFOOT – au sein du staff technique. Une prise de parole rare dans l’histoire des Lions indomptables, et lourdement symbolique. Elle sonne comme un désaveu collectif à l’encontre du président de la fédération.
Vers une recomposition du pouvoir footballistique ?
Alors que le Cameroun prépare les échéances cruciales des qualifications pour la Coupe du Monde 2026, l’instabilité autour de la FECAFOOT inquiète. Le risque d’un affaiblissement institutionnel de la fédération est bien réel, tout comme celui d’une politisation excessive du sport roi.
Pour Samuel Eto’o, le défi n’est plus seulement de gérer une équipe nationale : il s’agit désormais de sauver ce qui reste de son autorité, dans un paysage où ses anciens alliés se muent en adversaires silencieux.